Dans la vie persane, dans la culture persane, dans la langue persane, homme et femme sont égaux


Chaque semaine, « Charlie Hebdo » publie sur son site le témoignage d’une Iranienne ou d’un Iranien concerné par la révolte qui traverse son pays. Cette semaine, Mahan Khomamipour rappelle que l’Iran perse est l’une des plus anciennes cultures d’égalité entre les femmes et les hommes. Mais elle s’est retrouvée isolée au milieu d’un archipel fanatique et misogyne.

Imaginons un chapelet de pays où les hommes pourraient acheter autant d’épouses qu’ils le souhaiteraient – à condition de pouvoir assurer à chacune d’entre elles le financement de sa vie quotidienne. Le cycle d’achat et de vente des femmes – commerce particulièrement rentable – serait constamment alimenté par la mise au rebut de celles dont l’homme ne voudrait plus, ou n’aurait plus l’usage. Cette pratique trouverait sa légitimation dans les règles de la religion. Et c’est ainsi – pour citer Vialatte – qu’Allah est grand !

Maintenues sous le joug de leur mari par leur famille, et par la société tout entière, mineures éternelles en ce qui concerne l’accès au langage, à la culture, aux droits civiques, les femmes de ces pays ne sont autorisées à participer  à la vie sociale et politique que de façon marginale : Irak, Afghanistan, Qatar, Arabie Saoudite, Emirats, Yémen… Alors, au milieu de cet archipel, comment peut-on être Persan ?À LIRE AUSSI :Tribune. « Le régime iranien fabrique des terroristes imaginaires en exécutant des gens ordinaires »

Dans la vie persane, dans la culture persane, dans la langue persane, homme et femme sont égaux. En farsi, par exemple, le pronom personnel ne distingue ni l’homme, ni la femme, ni Dieu. Là où le français utiliserait « il », « elle », ou « Il », c’est le même mot : [OU]. En Iran, aujourd’hui, les femmes ne sont pas seules à se battre pour leur propre libération : les jeunes hommes se battent, les jeunes femmes se battent, leurs parents se battent, tout le monde, en fait, se bat contre ce gouvernement, un ramassis de vieilles barbes qui règnent par la corruption, et prétendent, au nom de Dieu, donner à des hommes qui ne les réclament pas des moyens d’opprimer des femmes qui ne se laisseront jamais faire.

L’archipel des impuissants

Chacun devrait le savoir : le gardien passe autant de temps en prison que le prisonnier. Les contraintes qui s’exercent sur  les femmes iraniennes, depuis 1979, s’exercent de fait sur les hommes aussi. Chaque homme, en Iran, qui se bat pour la condition de la femme, défend sa propre liberté : quand les élèves, garçons et filles, ont dû passer leurs journées  dans des classes différentes, l’école n’a pas progressé. Quand les étudiants et les étudiantes ont dû manger dans des self-services séparés, l’Université de Téhéran n’a vraiment pas fait un grand bond en avant. Quand les femmes ont été obligées de monter à l’arrière des autobus, et les hommes à l’avant, personne ne s’est senti  fier de cet apartheid. Bien au contraire, ce que cette violence a fait éprouver à chacun, c’est la frustration, la rage, la honte d’être privé, au vu et au su de tous, de cette part de lui-même, qui a besoin au quotidien de l’autre pour se développer.À LIRE AUSSI :Tribune. « Face au régime des mollahs, le double jeu du gouvernement français doit cesser »

Les vieillards qui, à ce jour,  gouvernent encore l’Iran, sont effrayés par l’énergie vitale de leur peuple, et veulent imiter les mœurs de l’archipel des impuissants, qui les entoure, ils sont allés jusqu’à interdire la danse dans l’espace public : ils tentent d’inhiber directement le surgissement, chez chaque Iranien, du goût de la liberté, du désir d’être soi-même. Ils veulent arrêter le fleuve avec leurs vieilles mains, mais il est trop tard : ce n’est plus une émeute, c’est une révolution.

Les femmes iraniennes qui dansent aujourd’hui sur les places ont ouvert dans le mur de la honte, une brèche géante : tous les Iraniens qui veulent retrouver leur dignité, jouir de leur fierté d’appartenir à l’une des plus anciennes cultures de l’égalité, s’y engouffrent et tentent de l’élargir. Ils sont en train de montrer au monde comment on peut redevenir fier d’être Persan.

Mahan Khomamipour,

Traduit par Guy de Raymond-Cahuzac

مجمع‌الجزایر ناتوانان

بیایید زنجیره‌ای از کشورها را تصور کنیم که در آن‌ها مردان می‌توانند هر تعداد همسری که بخواهند اختیار کنند – به شرط آنکه بتوانند هزینه‌های زندگی روزمره هر یک را تأمین کنند. چرخه خرید و فروش زنان – که تجارتی به‌ویژه پرسود است – دائماً با دور انداختن زنانی که مرد دیگر آن‌ها را نمی‌خواهد یا به آن‌ها نیازی ندارد، تغذیه می‌شود. این رویه مشروعیت خود را در قوانین مذهبی می‌یابد. و این‌گونه است که – به قول ویالات – الله اکبر!

زنان در این کشورها که توسط خانواده و کل جامعه زیر یوغ شوهرانشان نگه داشته می‌شوند، و در دسترسی به زبان، فرهنگ و حقوق مدنی همواره صغیر محسوب می‌شوند، تنها اجازه دارند به شکلی حاشیه‌ای در زندگی اجتماعی و سیاسی شرکت کنند: عراق، افغانستان، قطر، عربستان سعودی، امارات، یمن… حال، در میان این مجمع‌الجزایر، چگونه می‌توان «پرسین» (ایرانی اصیل) بود؟

در زندگی ایرانی، در فرهنگ ایرانی و در زبان فارسی، مرد و زن برابرند. برای مثال در زبان فارسی، ضمیر شخصی هیچ تمایزی میان مرد، زن و یا خداوند قائل نمی‌شود. در جایی که زبان فرانسه از «il» (او مذکر) یا «elle» (او مؤنث) استفاده می‌کند، در فارسی تنها یک کلمه وجود دارد: [او]. امروز در ایران، زنان در مبارزه برای آزادی خود تنها نیستند: مردان جوان می‌جنگند، زنان جوان می‌جنگند، والدینشان می‌جنگند؛ در واقع همه علیه این حکومت می‌جنگند؛ حکومتی متشکل از مشتی ریش‌سفید که با فساد حکمرانی می‌کنند و به نام خدا مدعی‌اند که به مردانی که حتی خواهان آن نیستند، ابزارهایی می‌دهند تا زنانی را سرکوب کنند که هرگز تسلیم نخواهند شد.

هر کس باید بداند: زندانبان به اندازه زندانی وقت خود را در زندان می‌گذراند. محدودیت‌هایی که از سال ۱۹۷۹ بر زنان ایرانی اعمال شده، در عمل بر مردان نیز تحمیل شده است. هر مردی در ایران که برای وضعیت زنان می‌جنگد، از آزادی خودش دفاع می‌کند: وقتی دانش‌آموزان، چه پسر و چه دختر، مجبور شدند روزهایشان را در کلاس‌های جداگانه بگذرانند، مدرسه پیشرفتی نکرد. وقتی دانشجویان دختر و پسر مجبور شدند در سلف‌سرویس‌های جداگانه غذا بخورند، دانشگاه تهران واقعاً جهش بزرگی به جلو نداشت. وقتی زنان مجبور شدند در قسمت عقب اتوبوس سوار شوند و مردان در جلو، هیچ‌کس به این آپارتاید افتخار نکرد. برعکس، آنچه این خشونت در هر کس برانگیخت، سرخوردگی، خشم و شرم بود؛ شرم از اینکه جلوی چشم همه،
از بخشی از وجود خود محروم شده‌اند که برای رشد روزانه به حضور «دیگری» نیاز دارد.

پیرمردانی که تا به امروز هنوز بر ایران حکومت می‌کنند، از انرژی حیاتی مردم خود وحشت دارند و می‌خواهند از آداب و رسومِ «مجمع‌الجزایر ناتوانان» که آن‌ها را احاطه کرده تقلید کنند. آن‌ها تا جایی پیش رفتند که رقص در فضای عمومی را ممنوع کردند:
آن‌ها تلاش می‌کنند تا به طور مستقیم جوششِ ذوق آزادی و میل به «خود بودن» را در درون هر ایرانی سرکوب کنند. آن‌ها می‌خواهند با دستان پیر و فرتوت خود جلوی رودخانه را بگیرند، اما دیگر خیلی دیر شده است: این دیگر یک شورش نیست، این یک انقلاب است.

زنان ایرانی که امروز در میادین می‌رقصند، شکافی عظیم در دیوار شرم ایجاد کرده‌اند: تمام ایرانیانی که می‌خواهند کرامت خود را بازپس گیرند و از افتخارِ تعلق به یکی از کهن‌ترین فرهنگ‌های برابری لذت ببرند، به درون این شکاف هجوم می‌آورند و تلاش می‌کنند آن را گسترش دهند. آن‌ها در حال نشان دادن این هستند که چگونه می‌توان دوباره به ایرانی بودنِ خود افتخار کرد.

ماهان خمامی‌پور

 

 

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